L'autre enjeu du salon du livre
Pierre Assouline
Qui a dit que l'édition littéraire n'était pas un secteur explosif ? Il faudrait être bien naïf pour s'imaginer qu'elle n'est pas aussi un enjeu politique, susceptible d'être récupéré et instrumentalisé à des fins autres que strictement romanesques. Le Salon du livre de Paris en est la meilleure illustration. Ses visiteurs se souviennent que l'an dernier, Israël étant l'invité d'honneur, ce fut assez tendu quoique couronné d'un franc succès. Souvent controversé sur la scène politique internationale, il avait tout intérêt à apparaître sous un jour autre que militaire. Disons, culturel. Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, c'est aussi le cas de l'invité d'honneur de mars prochain.
Pourtant, a priori, le Mexique…
La scène se déroulait la semaine dernière à Mexico, au siège du Conseil National pour la culture et les arts. Son président, le fort sympathique Sergio Vela, équivalent de notre ministre de la Culture, y recevait pour un petit-déjeuner informel quelques critiques littéraires français de passage. La conversation roulait sur le paradoxe mexicain, ce pays qui abrite 100 millions des 400 millions d'hispanophones mais dont le réseau de librairies est insignifiant. Puis, lorsque la question lui fut posée, il convint aussitôt que le Salon du livre était une vitrine idéale. « On y va pour l'image. Pour accroître la puissance du Mexique dans le monde et celle du monde dans le Mexique. Tant pis si c'est encore plus cher que prévu à cause de l'euro. On en a assez d'entendre parler du Mexique à travers les seuls prismes de la guerre contre les narcotrafiquants et de l'insécurité crée par les gangs dans les villes. Une image culturelle, pour le tourisme, c'est mieux. »
Ce qu'on appelle des bénéfices collatéraux. Et comme si le réel s'ingéniait à le rattraper, on apprenait quelques heures après, de la bouche de l'ambassadeur de France aussitôt alerté, qu'un chercheur français en biochimie moléculaire, qui venait de retirer 5 000 euros au bureau de change de l'aéroport, s'était fait braquer juste à la sortie et qu'il avait reçu une balle dans la tête pour avoir refusé de se laisser dépouiller (Christophe Augur décéda quelques jours après). La veille, l'héritière d'une grande famille mexicaine de lointaine souche béarnaise, kidnappée contre rançon, avait été retrouvée assassinée. On comprend encore mieux que le Mexique ait envie de faire parler de lui à travers sa riche littérature qui vaut vraiment d'être découverte. On en reparlera bientôt plus en détail du côté de La République des Livres.
Jose.Arias